Il fit ses études au Lycée Tsarevitch Nicolas de Moscou, eut une licence en histoire et en philologie de l'université de Moscou, entra au Ministère de l'Intérieur le 21 juillet 1885, et devint fonctionnaire itinérant pour des missions spéciales. Le 8 mai 1886, il devint secrétaire de Collège (=Ministère), dans le bureau du ministre. Le 7 octobre 1889, il devint conseiller titulaire au ministère de l'Intérieur. En 1907, il obtint le grade de chambellan, et en 1909, il fut promu conseiller d’État à part entière.
Rentré dans ses terres quelques années après, il s'y trouva au moment où l'on commençait à instituer les Zemstvos.
Un congrès de zemstvo, 1905
(Comparables à nos conseils généraux, les "Zemstvos" étaient des assemblées provinciales de l'Empire russe représentant la noblesse locale, les notables et les paysans. Mais la noblesse y exerçait une influence prépondérante. Le Maréchal de la Noblesse présidait les assemblées.) Il a donc participé à l'élaboration du "Règlement sur les chefs de Zemstvo". En 1890, Vladimir d'Horrer fut nommé Maréchal de la Noblesse, fonction à la fois juridique et administrative comprenant notamment le contrôle de la justice locale paysanne dans les cantons ruraux, toujours dans l'arrondissement de Bielgorod, gouvernement de Koursk.
Le 2 janvier 1890, il fut fait chevalier de Sainte-Anne de 3e classe.
Le 21 février 1904, il fut élu à une commission spéciale de l’assemblée provinciale chargée de l’organisation des soins médicaux pour les malades et blessés pendant la guerre russo-japonaise.
Wladimir d'Horrer convoqua alors une réunion de la noblesse de Koursk, qui décida d'envoyer une députation auprès du Tsar, chargée de l'assurer du soutien loyal de la noblesse et des propriétaires terriens et de protester contre les projets de convoquer une Assemblée Constituante. C'est Wladimir d'Horrer lui-même qui présenta cette allocution à Nicolas II, le 20 juin 1905.
Cette action encouragea la noblesse, qui se sentait perdue, et un mouvement social noble se développa.
En octobre 1905, face aux émeutes révolutionnaires de Koursk, il organisa une contre-manifestation avec service de prière pour le Tsar, priva les étudiants progressistes de l'Université de Moscou des bourses que les nobles leur accordaient, et la noblesse de Koursk exclut de ses rangs les nobles libéraux qui avaient signé "l'Appel de Vyborg", appelant à la grève de l'impôt et au refus du service militaire. Le 17 novembre 1905, il fut élu membre du Conseil de l'Union panrusse des propriétaires fonciers.
En 1907, il fut élu député de la IIIe Douma d'État (= Assemblée législative de l'Empire) pour la province de Koursk (sur la photo il est le 3e à partir de la droite) C'était une région où l'influence des grands propriétaires fonciers restait intacte. (Doc 25 : la générale Bogdanovitch s'inquiète de la candidature de Wladimir d'Horrer). Il était membre de la faction de droite et était le président du bureau du parti. À l'été 1908, il fut élu membre du Conseil principal de L'Union du Peuple Russe un parti monarchiste partisan de la défense du tsarisme, de l'orthodoxie, de la lutte contre la franc-maçonnerie et ouvert à une redistribution des terres aux paysans, mais limitée.
Les objectifs de son parti étaient de "préserver la place éminente des propriétaires terriens", "la restauration de la pureté de la foi orthodoxe", et "la préservation de l'intégrité et de l'unité de l'Empire autocratique tsariste". (DOC 31 : Les convictions monarchistes de Wladimir d'Horrer : citations).
Malheureusement (face sombre du personnage) il fut aussi l'un des leaders d'une organisation monarchiste d'extrême-droite, les Cent-Noirs, Ce mouvement "pré-fasciste" avait une idéologie nationaliste, ultra-monarchiste et profondément. antisémite.
Une procession des Cent-Noirs en 1907
Il réprouvait les pogroms, parce que ces massacres ne résolvaient pas le problème juif, mais son programme visait à leur interdire toute possibilité de posséder, de commercer et de disposer de la presse car, disait-il "il faut choisir : soit le plaisir des Juifs , soit la Grande Russie" ! (DOC 32 : Propositions de Wladimir d'Horrer sur la meilleure façon de lutter contre les juifs (citations).
Le comte Wladimir d'Horrer mourut sans postérité le 16 août 1909, d'une pneumonie, et est enterré à Razumno dans la crypte familiale des Dorogoboujinoff-d'Horrer. Malheureusement l'immense bataille de chars de Koursk de 1943 et le temps ont fait disparaître la propriété de Razumno avec son église Saint-Nicolas, et la crypte familiale qui s'y trouvait.

Il avait épousé Olga NicolaIevna LYOUBIMOVA (4), soeur d'un ami de lycée, et fille de Nicolas A. Lyoubimov, ancien professeur à l'Université de Moscou, puis membre du Conseil du ministre de l'Instruction Publique, enfin promu conseiller privé en 1886. sa mère était Ekaterina Smitrievna Balck.
NOTES
1/ DJOUNKOVSKY, Джунко́вский : famille noble connue depuis la moitié du XVIIIe siècle, inscrite dans la IIe partie (noblesse militaire) des registres nobiliaires de Kalouga et de Tchernigov. C'est certainement sa soeur Elisabeth qui épousa, vers 1840, Jean Carlovitch de Rachette. Ces deux familles se sont alliées 3 fois en une génération ! Vers la fin du XIXe siècle, un Djounkovski était l'adjudant du grand-duc Serge, frère de Nicolas II et époux de la grande-duchesse Elisabeth, soeur de la tsarine, canonisée. Vladimir Djounkovski était page à la cour impériale.
2/ Elle était la soeur de Vladimir Dorgoboujinoff, conseiller d'Etat, puis conseiller privé, membre du Conseil du Ministère de l'Intérieur, premier consul de Russie à Jérusalem.
3/ Ils habitaient le domaine d'Aletchebilowska, station Krasnopavlovska, sur la ligne Kharkov-Koursk-Azov.
4/ Lyoubimoff, ЛЮБИМОВ : Famille inscrite dans la IIe partie du registre de la Noblesse russe (noblesse militaire).
Il semble que ce soit Olga qui ait inspiré le personnage de la comtesse Nathalie Dorrère, sans enfant et dont le mari serait mort à Kharkov et apparenté aux Lyoubimov dans le roman "Les témoins" de Mrs Waring, Albin Michel, 1972. Nous avons essayé de joindre l'auteur pour savoir comment elle connaissait notre famille, mais elle était décédée... Dommage.