Famille d'Horrer FrançaisEnglishПо-русски

Branche russe

Le domaine de Vassilievka (district de Voltchansk)

Vassilievka est un domaine du district de Voltchansk, dans le gouvernement de Kharkov. Il appartenait autrefois à la famille noble Bekarioukoff et, en 1915, à E. A. Delarue. Sur Olga Delarue, épouse de Georges d'Horrer, et sa famille, voir la page « Georges d'Horrer et Olga Delarue ».

Voici la description du domaine tirée du livre de Georges Loukomski, Les vieux domaines du gouvernement de Kharkov (Petrograd, 1917), et des photographies du domaine prises en 19151.

La description de Georges Loukomski (1917)

Vassilievka, domaine autrefois des Bekarioukoff, aujourd'hui de E. A. Delarue. La maison et les communs sont placés au sommet d'une colline au-dessus du village, de telle sorte qu'en approchant du domaine, non seulement on ne voit pas le jardin, mais on a même peine à imaginer où il pourrait se trouver. Derrière la maison descend une pente : c'est là que s'étend un vieux jardin merveilleux avec des allées de tilleuls. Après avoir traversé le village, assez morne, on aperçoit de loin tout le domaine : au milieu, une maison peu élevée, mais avec un portique et d'une architecture imposante, et devant elle, de part et d'autre, s'avancent les ailes des communs, ornées elles aussi de piliers et même de colonnes. Alentour, un paysage dénudé, les pentes rouges et nues des collines ravinées par les pluies. De pauvres saules rongés au bord du ruisseau.

En entrant dans la vaste cour, qui a le caractère d'une cour de ferme et non l'aspect d'une cour d'honneur, on sent aussitôt la vraie vie d'un domaine. En ce sens, Vassilievka est plus typique que Grafskoïé ou Khoten. Bezdrik est un domaine du même caractère : du côté de l'entrée, toute l'exploitation ; du côté opposé de la maison, le parc et les agréments de la vie.

À Vassilievka, les traits de ces deux faces de la vie de domaine sont admirablement marqués. Tout ce qui relève des affaires est concentré devant l'entrée principale. Ici, la façade est ornée d'une loggia, très commode pour que le propriétaire y reçoive les paysans ; devant le portique, de très jolies et curieuses lanternes sur des bornes, placées très en avant. Du perron, on voit tous les communs : l'exploitation est, pour ainsi dire, sous l'œil vigilant du propriétaire.

Un beau fronton couronne le portique. Au-dessus des fenêtres, des linteaux heureusement traités en bossages. Originaux sont les gros modillons de la corniche, qui font le tour de toute la maison et donnent au décor architectural un caractère savoureux, quoique un peu « provincial ». Belle et typique est la vue qui s'ouvre depuis la loggia. Entre les fûts des colonnes blanchissent les piliers et les frontons des granges, des remises, de la maisonnette du régisseur. C'est un ensemble assez rare par son état de conservation, que seule rompt la couverture plus tardive du toit en tôle (à la place, probablement, de bardeaux ou de planches). Ainsi, la façade principale est moins belle que typique : elle semble faite pour servir de décor à quelque pièce sur la vie des propriétaires terriens. Sur les côtés de la maison sont placés de beaux et élégants portiques de quatre colonnes doriques : ce sont les entrées latérales de la maison. La façade qui s'ouvre du côté du jardin, étonnamment ombragé, frappe par sa splendeur. En s'approchant de la maison du côté de l'entrée, on a peine à supposer que le côté opposé soit traité avec tant de beauté.

Entre deux avant-corps richement décorés sur leurs faces (volontairement privées de fenêtres afin de laisser place à de somptueux stucs), se trouve une rotonde semi-circulaire de six colonnes, coiffée d'une coupole d'une belle silhouette. De la rotonde descendent deux escaliers qui s'incurvent le long du soubassement. Les colonnes sont d'un ordre excellent. La corniche est chargée de modillons en relief trop hardis et trop saillants, mais ici, sur le nu du mur, on comprend l'intention du maître : donner une « tache » savoureuse qui couronne l'ensemble.

Bien que toutes les dimensions de la maison soient très modestes, les proportions sont heureuses, et la rotonde, placée avec tact, ne paraît nullement « coincée » entre les ailes. Les fenêtres sont percées hardiment et ne se détachent du mur que par leurs linteaux à bossages.

Tout à fait unique paraît le traitement des murs des avant-corps. Ici, la partie inférieure du mur, traitée en bossages, s'écarte au milieu pour laisser place à une niche plate, dans laquelle est insérée une autre niche, délicatement découpée, avec un stuc à l'intérieur. Ce stuc représente un autel surmonté d'un vase enlacé d'un serpent. Le rapport entre le soubassement lisse et haut et le champ des bossages, entre le rayon de l'arc et les dimensions de tout le mur, et enfin l'échelle du bas-relief révèlent la participation certaine d'un maître de premier ordre à la construction. Des épicéas touffus et sombres, quoique pas très vieux, mettent joliment en valeur la délicatesse du décor architectural.

À l'intérieur de la maison, le décor des pièces est lui aussi très délicat et dans l'ensemble réussi. Les proportions de la salle et du salon ont un charme inexprimable, qui sent l'ancien temps et rappelle les intérieurs des années 1830-1840 que nous ont laissés les Zelentsoff, les Venetsianoff, les Tropinine et d'autres.

Le salon est particulièrement riche : un arc droit y est soutenu par des colonnes ioniques. La corniche est d'un profil régulier. Le mobilier de la pièce est typique des années 1850 (il y a cependant des objets isolés plus anciens : commodes, trumeaux, chiffonniers, pendules, vases, candélabres). Les portraits sont beaux et typiques, par exemple ceux de E. E. Vremeva et de V. I. Schröter. Particulièrement beau est le portrait qui saisit les formes un peu pleines, mais sveltes, « moulées » d'une jeune femme (avec quel amour, avec quelle gourmandise est peinte la main « au coude rond et luisant », avec quel soin sont dessinées les roses).

Les costumes des jeunes femmes, la mousseline légère, le ruban de velours, les coiffures : comme tout cela est typique, et quelle riche matière pour les chercheurs, les peintres, les metteurs en scène d'aujourd'hui ! Et de tels portraits, il y en a une quantité énorme dans les domaines de Vassilievka, de Bourlouk et d'autres.

Particulièrement beaux sont les poêles de la maison : hauts, typiques des années 1820, c'est-à-dire de l'époque où la maison fut construite. Dans le cabinet, un poêle de formes simples, mais richement orné de bandeaux décoratifs. Le poêle du boudoir, au contraire, est ravissant par sa riche silhouette. Il a la forme d'une colonne finement cannelée, surmontée d'un vase. Le piédestal, large et riche, est orné d'un décor courant le long des demi-cercles et de guirlandes sur les côtés, typiques du style Louis XVI. En voyant ces poêles, posés peut-être dès la fin du XVIIIᵉ sièclea, on se demande : où donc existait cette fabrique où l'on faisait de si merveilleux « ouvrages », pleins d'un goût et d'un tact architecturaux immenses ? Y avait-il des ateliers de poêles dans les manufactures de porcelaine et de faïence ? Qui étaient les artistes qui en donnaient les dessins, quels maîtres les exécutaient, où se trouvaient et à qui appartenaient ces établissements, pépinières d'un art véritable, dont les ouvrages ornent aujourd'hui encore bien des demeures anciennes et ont même eu l'honneur d'être transportés dans des musées ?

Sur tout l'immense territoire de la Russie, à Vologda comme à Kostroma, à Smolensk, à Kiev et jusque dans les campagnes reculées du gouvernement de Kharkov, on rencontre souvent des poêles qui semblent se ressembler, de l'époque de Catherine II et d'Alexandre Iᵉʳ, blancs, en carreaux de faïence, de style Louis XVI et Empire.

Notes

  1. 1Le texte et les photographies ont été publiés sur le site « Vovtchansk », dans l'article « Les domaines du district de Voltchansk » (en russe). Ce site est hébergé gratuitement et peut disparaître : nous en gardons donc ici une copie, avec sa source. Le texte de Georges Loukomski (1884-1952) et les photographies de 1915 sont dans le domaine public ; le texte est traduit du russe.

Les siècles